Difficile de croire que Tarentel a dix ans cette année, tant ce groupe semble
renaître, plutôt que vieillir, à chaque nouveau disque. Pourtant c'est bien en 1995
que Danny Grody et Jefre Cantu-Ledesma forment Tarentel à San Franscisco. Trois ans
plus tard, le premier CDEP éponyme sort sur Temporary Residence Limited, le label
américain qui reste un des lieux de prédilections des sorties de la formation. A ces deux
pistes collaborent déjà une partie des membres du premier Tarentel: Kenseth
Thibideau (Rumah Sakit, Howard Hello, Pinback, Sleeping People), Jonathan Hughes,
Trevor Montgomery (Lazarus) et Jeffrey Rosenberg (Lumen). C'est le signal de départ
pour les 6 LP et 12 EP qui vont suivre jusqu'à aujourd'hui.
From Bone to Satellite (TRL) en 1999: un album à l'energie stupéfiante, post-rock
pénétré d'influences, avouées ou désavouées par Tarentel (Labradford, GY!BE,
Mogwai);
l'inclassable The Order of Things (2001, Neurot) réunit l'unique morceau chanté de
toute la discographie de la formation (une reprise de Rickie Lee Jones, Ghosty Head) et
les pièces instrumentales les plus abstraites;
trois EP vinyles sont réunis dans Ephemera (2002, TRL), études pour guitares
électriques minimalistes et mélodiques, aux structures ultrarigides;
et enfin le dernier album en date, We Move Through Weather (2004, TRL). Celui-ci
marque pour le groupe d'abord une reformation: Grody et Cantu, les deux membres
initiaux, reforment Tarentel avec Jim Redd, ex-batteur de Sonna, centre nerveux d'un
nouveau culte des percussions.
Et surtout, We Move Through Weather c'est l'adoption d'une manière de travailler propre au groupe, déjà
fort mise à profit, basée sur une improvisation croissante, et le partage des
signaux musicaux par tous les membres.
En 2005, deux tournées marquent ce renouveau, d'une liberté étonnante: en janvier,
au Japon avec Fly Pan Am et Mono; puis en avril, en Italie et en Suisse. Nous les
avons rencontrés et interviewés lors des deux derniers concerts helvétiques, les 21
et 22 avril, à L'Usine (Kab) de Genève et au Reitschule de Bern. Tarentel y a
réalisé deux sets, improvisés et ininterrompus, d'une bonne heure chacun,
accompagnés des projections 8mm de Paul Clipson (compagnon cinéaste du groupe).